OAVCT : six mois après, le bilan de Jocelin Pierre soulève plus de questions qu’il n’apporte de réponses

OAVCT : six mois après, le bilan de Jocelin Pierre soulève plus de questions qu’il n’apporte de réponses
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Modernisation annoncée, nouveaux projets, mais résultats encore difficiles à mesurer : au moment où l’OAVCT célèbre ses 59 ans, la gestion de Me Jocelin Pierre mérite un examen beaucoup plus rigoureux.

Port-au-Prince — Six mois après son arrivée à la tête de l’Office d’Assurance Véhicules Contre Tiers (OAVCT), Me Jocelin Pierre présente une administration engagée dans une dynamique de modernisation, d’amélioration des services et de transformation institutionnelle. À l’occasion du 59e anniversaire de l’institution, le directeur général a mis en avant plusieurs initiatives et annoncé de nouveaux projets.

Mais derrière les discours de transformation, une question essentielle demeure : quels résultats concrets l’assuré haïtien peut-il aujourd’hui mesurer ?

C’est là que le bilan devient beaucoup moins évident.

L’ouverture du bureau régional de l’OAVCT à Ouanaminthe constitue une réalisation concrète. D’autres mesures ont également été annoncées ou engagées dans les domaines des ressources humaines, de l’accueil et des services aux assurés. Mais plusieurs projets présentés lors du bilan — notamment les annexes départementales, le centre d’appel et la moto-école — doivent encore être évalués à partir de leur niveau réel d’exécution et de leur impact.

Annoncer n’est pas réaliser. Inaugurer n’est pas transformer. Et communiquer sur une réforme ne constitue pas une preuve de performance.

Où sont les indicateurs ?

Une institution publique ne peut pas être évaluée uniquement à partir du nombre de cérémonies organisées ou de projets annoncés.

Après six mois, l’OAVCT devrait pouvoir présenter des données précises : évolution du nombre d’assurés, recettes générées, taux de couverture des véhicules, délais moyens de traitement, nombre de dossiers traités, performance des bureaux régionaux, niveau de satisfaction des usagers et état d’avancement des réformes.

Or, dans le bilan public présenté par la direction générale, ces indicateurs restent insuffisamment documentés.

La direction affirme vouloir placer l’assuré au centre de son action et améliorer l’accueil, l’orientation et la diligence dans le traitement des demandes.

Très bien.

Mais comment mesure-t-on cette amélioration ?

Combien de minutes ou d’heures un assuré doit-il attendre aujourd’hui ? Combien de jours faut-il pour régler un dossier ? Quel est le taux de satisfaction des usagers ? Quelle progression a été enregistrée dans la couverture d’assurance ?

Ce sont ces réponses, et non les slogans administratifs, qui permettront de mesurer la transformation annoncée.

Une question financière qui ne peut être ignorée

Le dossier le plus sensible concerne toutefois la gestion des recettes.

Dans une lettre ouverte datée du 25 septembre, le Syndicat pour la défense des employés de l’OAVCT (SDE/OAVCT) a demandé des explications à Me Jocelin Pierre concernant une modification du rythme de dépôt des recettes collectées dans les annexes et directions régionales. Selon le syndicat, une note datée du 8 juillet aurait fait passer les dépôts bancaires d’une fréquence quotidienne à une fréquence hebdomadaire. Le syndicat demande également des clarifications concernant la mise en veilleuse du service d’audit interne.

Ces affirmations doivent naturellement être distinguées de faits établis : le syndicat formule des inquiétudes et demande des explications ; cela ne constitue pas en soi la preuve d’une irrégularité financière.

Mais le problème demeure.

Lorsqu’un syndicat d’employés interpelle publiquement la direction générale sur les mécanismes de dépôt des recettes et le contrôle interne, la réponse ne peut pas être le silence.

La direction doit pouvoir expliquer clairement la procédure, sa justification, les mécanismes de sécurisation des fonds et les dispositifs de contrôle existants.

Et si les procédures ont effectivement été modifiées, pourquoi ?

La question est simple et mérite une réponse publique, précise et documentée.

D’autant que le 30 septembre, une autre publication rapportait que le syndicat avait demandé l’intervention de l’Unité de lutte contre la corruption (ULCC) sur cette question. Là encore, il s’agit d’une démarche du syndicat, et non d’une conclusion de l’ULCC sur une éventuelle irrégularité.

Le problème n’est pas le manque d’annonces

Le bilan de Me Jocelin Pierre souffre ainsi d’un paradoxe.

La direction parle de modernisation, de performance, de transparence et de transformation durable. Elle affirme vouloir préparer une institution plus forte pour son 60e anniversaire en 2027.

Mais plus l’ambition affichée est grande, plus l’exigence de résultats doit être élevée.

L’OAVCT existe depuis 59 ans. Elle n’a pas besoin d’une nouvelle succession de promesses. Elle a besoin d’une administration capable de produire des résultats mesurables.

Le véritable défi n’est donc pas de présenter une nouvelle vision.

Le véritable défi est de démontrer que cette vision fonctionne.

Le gouvernement doit regarder les résultats, pas les discours

À ce stade, les autorités de tutelle ont une responsabilité particulière : évaluer la direction générale sur la base de critères objectifs.

Cette évaluation devrait notamment porter sur les recettes, la qualité des services, la couverture d’assurance, le fonctionnement des bureaux régionaux, la gestion des ressources humaines, les mécanismes de contrôle interne et le niveau d’exécution des projets annoncés.

Si les résultats sont au rendez-vous, ils doivent être publiés.

S’ils ne le sont pas, il faut également en tirer les conséquences.

Car une institution publique ne peut être prisonnière d’une logique où chaque nouveau projet devient automatiquement une justification de la performance de ceux qui la dirigent.

Le citoyen ne demande pas une vision. Il demande les résultats de cette vision.

L’OAVCT mérite mieux que le statu quo

Le débat sur l’avenir de l’OAVCT ne devrait donc pas être réduit à la défense ou à la condamnation d’un homme.

Il doit porter sur le profil nécessaire pour conduire l’institution.

L’OAVCT a besoin d’une personne capable de maîtriser les enjeux techniques de l’assurance automobile, de moderniser l’administration, d’accélérer la transformation numérique, de renforcer les contrôles, de responsabiliser les structures régionales et surtout de produire des résultats vérifiables.

Compétence. Dynamisme. Vision. Rigueur. Transparence.

Voilà les critères qui devraient guider le choix des autorités.

Si une évaluation sérieuse démontre que Me Jocelin Pierre n’est pas en mesure d’atteindre ces objectifs, alors son remplacement doit pouvoir être envisagé sans tabou.

Ce ne serait pas une question de vengeance politique ou de règlement de comptes.

Ce serait une question de performance institutionnelle.

Après six mois, il faut des comptes

Me Jocelin Pierre a encore la possibilité de répondre à ces interrogations et de présenter les chiffres permettant de mesurer concrètement son action.

C’est même la meilleure manière de faire taire les critiques.

Mais l’absence d’indicateurs précis, l’attente autour de plusieurs projets annoncés et les questions soulevées publiquement par le syndicat rendent nécessaire un véritable exercice de reddition de comptes.

L’heure n’est plus aux déclarations d’intention. L’heure est aux résultats.

L’OAVCT appartient à l’État et, à travers lui, à la population.

Son directeur général n’en est pas le propriétaire. Il en est le gestionnaire temporaire et le dépositaire d’une responsabilité publique.

À l’approche du 60e anniversaire de l’institution, le gouvernement doit donc se poser une question fondamentale : l’OAVCT dispose-t-elle aujourd’hui de la direction capable de conduire la transformation annoncée, ou faut-il ouvrir la voie à un autre profil, plus compétent, plus dynamique et davantage orienté vers les résultats ?

La réponse ne devrait pas dépendre des relations personnelles ou des slogans.

Elle doit dépendre des chiffres, des résultats et de l’intérêt de l’institution.

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